17 février

Oudomxay
Rendez-vous était pris avec le chauffeur du minibus pour dix heures et demie. Il déposait ses touristes à Hat Sa et repassait me chercher. Il est midi et quart et il n’est toujours pas là. J’imagine que je dois me résigner à ne plus l’attendre… Mais j’ai du mal à croire qu’un Lao ne respecte pas sa parole. Je pourrais rester dans l’entrée de l’hôtel près du brasero jusqu’au soir, je continuerais à l’attendre, à me dire qu’il a dû avoir un problème.



Quatre heures plus tard
Il finit par arriver. Souriant, tout excité et couvert de boue. Il tremble de la joie d’avoir sauvé son gagne-pain du précipice. Au retour d’Hat Sa, dans un virage où j’ai failli disparaître aussi – mais à pied – il a perdu le contrôle du van jusqu’à s’arrêter en équilibre au-dessus du vide. La catastrophe évitée de justesse grâce au portrait porte-bonheur du prince Sisavang Vong dans la boîte à gants.
ll n’en revient pas de la gentillesse des indigènes, lui pur Lao Loum de Luang Prabang. Comment ils ont accepté facilement, à cinq ou six, de tirer sur les cordes ! Comment ils se sont salis pour lui ! Comment, sans comprendre les mots, ils se sont compris dans les gestes ! Comment ils ont sauvé sa vie de la misère : ce minibus, c’était toutes ses économies et celles de son père réunies, l’investissement pour l’avenir ! Comme ces gens étaient bons !
Ensuite, en route vers Udom Xai, on a eu huit heures bien tassées pour s’expliquer la différence entre nos mondes. Les esprits des ancêtres qui existent ici, mon impuissance à trouver les rites qui conviennent à la mort de mon grand-père – je pleure discrètement en regardant le paysage –, les méfaits du tourisme au Laos et l’impossibilité pour un Lao de voyager, la deuxième guerre mondiale, le 11-septembre, la signification de la hauteur des maisons – à étage, Lao Teung ou Lao Loum, au ras du sol, Hmong ou Lao Soum, dit-il.